Dans quelques jours, le président Marcellin Bocovè prendra les reines de la Fédération Béninoise de Football. Mais avant le grand jour de l’élection, qui va valider le mandat du nouveau Comité exécutif, le président a accordé une interview de 52 minutes à Canal 3. Au cours de cet entretien, il a décliné les grandes lignes de son projet. Le Champion vous propose ici, l’intégralité de sa sortie.
Merci de votre disponibilité à défendre votre projet, justement votre vision sur le plateau de zone franche. Avant de parler justement de votre vision, de votre projet, quel est ce parcours qui vous a conduit justement à vous engager dans la gestion de notre football ?
C’est un grand plaisir pour moi d’être là aujourd’hui pour échanger quelques minutes avec vous. Alors qui je suis ? je suis Marcellin Bocovè, je suis de base, ingénieur en génie civil et j’ai une spécialisation en gestion des transports et sur le plan sportif, je suis président fondateur d’ASVO : Association Vallée Omnisports qui est un club de première division. Depuis 2014, ça fait maintenant douze ans que je suis le président de ce club-là. Je suis également un membre du comité exécutif sortant puisque j’ai fait les deux derniers mandats de Mathurin de Chacus, donc ça fait huit ans que j’ai travaillé aux côtés de cette icône du football béninois, à structurer le football et à participer aux différentes activités du comité exécutif. Je ne suis pas novice. Je suis candidat, mais je connais un peu quand même la maison pour y avoir travaillé depuis huit ans. Je suis président de club, donc je connais la réalité des dirigeants de football au Bénin. Je connais un peu tout ce qui se passe. Alors, sur le plan international, je dois quand même souligner que j’ai eu quelques postes à la CAF et à la FIFA. À la CAF, J’ai été membres pendant cinq ans de la commission du football des jeunes. Et donc j’ai pu travailler aux côtés de certaines sommités du football africain et actuellement, à la FIFA, je suis membre de la commission de la responsabilité sociale du football. C’est-à-dire que j’ai quand même une vue globale de ce qui se passe tant au plan national qu’international.
Aux côtés du président de Chacus, ces dernières années, qu’est-ce que cette expérience vous a appris sur le fonctionnement de la Fédération et la gestion de Football de haut niveau ?

Disons qu’au quotidien, j’ai quand même participé à l’ensemble des activités du Comité exécutif, donc je connais l’administration fédérale, je sais comment ça fonctionne, j’ai été président de diverses commissions notamment : la commission marketing et télévision, j’ai été au cœur des discussions, des négociations qu’on a eu avec les différents partenaires notamment Celtiis, qu’on a fini par décrocher pour sponsoriser notre championnat. Je suis président de la commission d’homologation des matchs. Chaque weekend, nous sommes là pour superviser les différents matchs, nous sommes là pour homologuer les résultats, prendre les mesures nécessaires à l’encontre de tel ou tel acteur, fautif sur tel ou tel aspect du football. Je suis également de par ma formation d’ingénieur, responsable en ce qui concerne la construction de tout ce qui est centre de formation, de tout ce qui est infrastructure au niveau de la Fédération Béninoise de Football. Donc, j’ai participé aux côtés du président Mathurin de Chacus et de tout le comité exécutif à l’animation des activités au sein du Comex.
Vous avez beaucoup d’expérience donc à mettre à l’actif du football béninois. Mais à quel moment précis vous avez envisagé de prendre la tête de la FBF. Est-ce que, c’est une ambition personnelle ou une continuité de votre engagement ou une volonté de proposer une nouvelle dynamique ?
Bon, disons que, nous avons travaillé au sein d’une équipe dirigée par le président Mathurin de Chacus. Il s’est fait qu’après deux mandats, le président, compte tenu des dispositions statutaires actuelles a décidé de ne pas se présenter pour un troisième mandat. C’est vrai que les textes ne le permettent pas, mais vue la dimension du personnage et vue les directives de la CAF et de la FIFA, il aurait pu tenter quelque chose. Donc, il a décidé à titre personnel de ne pas postuler.
Il aurait pu tenter quelque chose, il aurait pu rester, c’est ça ?
En fait, les textes de la FIFA l’interdisent pas un troisième mandat. C’est vrai que dans nos statuts au Bénin, on s’est limité à deux mandats au maximum, avec une limitation au niveau de l’âge aussi. Donc le président Mathurin de Chacus s’est montré respectueux de nos textes au plan national et donc du coup, il fallait des gens pour continuer l’œuvre immense qu’il a abattue pendant huit ans et ayant été au cœur du système, je me suis senti capable de continuer l’œuvre tout en apportant les corrections nécessaires pour aller plus haut.
Pourquoi pas Jacques, pourquoi pas Jean, pourquoi pas Paul, pourquoi c’est Marcellin ? Dans ce comité, vous n’êtes pas seul.
Tout-à-fait, vous le savez bien, vous savez qu’il y avait plusieurs candidats à la candidature, c’est un peu comme des primaires qui ont eu lieu au sein de l’exécutif et in fine, mes camarades ont estimé que je pouvais porter le flambeau. Donc je ne suis pas là en tant qu’un soliste, je ne suis pas là pour faire un One man show, je suis là, porteur d’un projet, d’une équipe, de l’équipe sortante et qui fort heureusement, vous l’avez dit, s’est élargie à toute la famille du football béninois.
Vous avez tout fait pour être candidat unique, c’est ça ?
Non, pas pour être candidat unique. On était prêt à aller aux élections, vous le savez.
Justement, qu’est-ce que vous avez fait pour convaincre les autres de se rallier à vous ? Est-ce qu’il y a eu un deal ? Si oui, comment ça s’est arrangé ? Est-ce que de Chacus a pesé de son poids pour que ça soit vous par exemple ?
Vous savez ? Le football béninois est unique et nous sommes tous des acteurs et quand vous regardez de près, on a tous le même objectif, c’est comment développer le football du Bénin. C’est légitime qu’il y ait des ambitions personnelles. Mais en face du challenge, en face du défi à relever, il était important que la famille du football béninois se réunisse autour d’un objectif qui est de développer le football béninois. Donc ce n’est pas des jeux de couloir qui ont abouti à cette candidature unique. C’est la prise de conscience de l’ensemble des acteurs du football béninois, de ce que nous avons besoin de rester ensemble pour bâtir la maison.
On va finir cette séquence pour aborder la question de fond, notamment de votre projet. Mais avec le recul, quelles sont les réussites dont vous êtes particulièrement, je dirais, fier, et quels sont, au contraire, les points sur lesquels vous estimez que la gouvernance passée aurait pu mieux faire ?
Enfin, pour faire un bilan, puisque c’est un peu ce que vous me demandez. Vous vous souvenez, il y a une dizaine d’années derrière, de l’état des lieux : football avec beaucoup de crises, des championnats démarrés-arrêtés en cours de déroulement, des crises personnelles, y compris avec le gouvernement. Tout ça se passait, il y a quasiment moins de 10 ans.
Et, je pense que la réussite principale du président Mathurin de Chacus et de son Comité exécutif auquel j’appartiens a été vraiment stable. Depuis 8 ans, nous avons déroulé régulièrement les championnats, tout s’est bien passé.
A chaque saison, tous les matchs programmés ont été joués. Les champions ont été connus. Il n’y a pas eu de crise en tant que telle. Je ne veux pas dire qu’il n’y a pas eu de divergences sur certains aspects, mais, en tant que responsables, nous avons toujours su nous entendre sur l’essentiel. Et, je pense que c’est ce qu’il y a d’essentiel à retenir. Le Comité exécutif sortant a, vous en conviendrez avec moi, stabilisé quand même la famille du football béninois. Vous voyez aussi aujourd’hui que nous avons eu des résultats. Nous avons eu des résultats au plan international. Nous avons participé à deux Coupes d’Afrique des Nations, ce n’est pas rien, et il fallait le faire…
Oui, oui, on peut en parler. Peut-être qu’on ne va pas aller dans les détails, mais c’est déjà important, quand même, que le Bénin marque sa présence au plan international, et ça a été fait pendant les 2 mandats de Mathurin DE CHACUS. Au-delà de la CAN, vous verrez que dans les compétitions de catégories d’âge, et principalement dans le football féminin, les résultats ont quand même été très importants, et il faut le reconnaître. Nous sommes à quelques jours du démarrage du Mondial féminin U20. Le Bénin sera présent en Pologne à partir du 5 septembre. Ce sont des résultats tangibles, et nous avons, pour les U17 féminins, nous avons été éliminés au dernier match face au Nigéria. C’est dire que quelque chose a été mis en route. Vous savez, 10 ans derrière, le football féminin, on peut dire quasiment, n’existait pas au Bénin. Donc, du chemin a été fait sur ce plan-là, et on peut le souligner.
L’autre aspect sur lequel je pourrais mettre un accent, c’est la construction des centres de formation. Nous avons, aujourd’hui, au Bénin trois centres de formation de la fédération, à savoir : N’dali, dans le nord du pays ; nous avons Missérété, à Porto-Novo, en banlieue de Porto Novo ; et nous avons Lokossa, qui est un centre de formation spécifiquement dédié aux jeunes filles. C’est dire que nous avons pris conscience de ce que le football se structure à la base.
Est-ce que ces centres sont bien fonctionnels aujourd’hui, sont en activité aujourd’hui ?
Aujourd’hui, N’dali est fonctionnel. Vous pouvez fouiller vos archives, vous verrez qu’il y a déjà des promotions en formation N’dali. Pareil pour Missérété, où des jeunes sont déjà en formation. Au niveau de Lokossa, les travaux sont quasiment en cours d’achèvement, et nous espérons que la prochaine saison connaîtra sa première promotion de jeunes filles qui vont être intégrées à ce centre-là. C’est vrai qu’il y a à faire, il y a à améliorer. Ce qui se passe actuellement en termes de fonctionnement, d’entretien et tout, mais les infrastructures sont là, l’organisation est en train de se mettre en place pour qu’on ait de véritables centres de formation. Des centres de formation, si vous allez à Lokossa, vous verrez que nous avons intégré à ce centre de formation un collège d’enseignement. C’est dire que ce n’est pas que les jeunes filles y arrivent pour pratiquer uniquement du football, c’est un projet de formation, d’éducation complet, que nous mettons en place dans ce centre de formation, et ce n’est que comme ça que nous pouvons véritablement développer le football béninois.
Monsieur Marcellin Bocovè, nous revenons un peu en arrière. Une liste unique peut être perçue comme signe d’unité, mais elle peut aussi susciter des interrogations sur la diversité des opinions. Comment comptez-vous garantir, je dirais, la pluralité des points de vue au sein de la prochaine équipe dirigeante ?
Oui, vous avez raison de dire qu’une liste unique, c’est à la fois un gros avantage, parce qu’on réunit toute la famille du football béninois autour de l’objectif principal qui est le développement de notre football. Ça, c’est clair, c’est sans ambages. Ça peut aussi être une source de défis, moi je ne dirais pas de divergences, c’est quand même des hommes et des femmes qui proviennent, on peut dire, de différents horizons, qui avaient chacun plus ou moins une vision, même si la finalité, c’est le développement du football béninois. Mais vous regardez la liste et vous constaterez que cette liste-là est composée de compétences avérées des gens, des acteurs clés du football béninois, et je pense que nous nous sommes entendus, nous nous sommes entendus pour que l’objectif principal soit le développement du football béninois. Et c’est ça le plus important. Je crois que les uns et les autres en ont pris conscience. Nous, nous sommes concertés, et c’est en bon escient que nous avons décidé de nous mettre ensemble pour travailler au développement du football. Donc, moi, je ne crains pas les diversités d’opinions, c’est plutôt enrichissant quand vous êtes ensemble, que les uns et les autres puissent exprimer leurs points de vue sur un sujet donné. Mais une fois qu’on a fait le tour de table, on doit pouvoir s’entendre sur l’essentiel et avancer.
Est-ce que vous n’avez pas peur de la portée de la mission qu’on vous confie, de la charge que tout le monde ensemble s’entende pour vous désigner à porter ? Ça ne vous inquiète pas un tout petit peu ?
Non. Non, non, non, pas du tout. Disons qu’il n’y a pas de nouveaux parmi nous. Si vous regardez, vous visitez la liste, ce sont des personnes qui se fréquentent tous les jours autour du football béninois. Nous, nous connaissons tous. Il n’y a pas un seul que je ne connaissais auparavant. Je vais vous raconter que quand il s’est agi de créer un forum réunissant les 21, je n’ai demandé le numéro de personne. Ça veut dire que j’avais quand même le numéro de téléphone de tout le monde. Donc, ce sont des acteurs qui se fréquentaient déjà au quotidien. Et pour moi, c’est plutôt un honneur d’avoir à coordonner, je me sens comme un coordonnateur, d’avoir à coordonner nos activités, étant donné que nous nous sommes entendus sur un projet de société avec des objectifs clairs, et je pense qu’autour de ça, il n’y a pas de problèmes.
Mais cette fois-ci, vous avez changé de palier, vous êtes désormais le président, vous devez prendre des décisions à satisfaire des intérêts. Nous ne vous voyons pas la face. Certaines personnes vont vous attendre sur certains sujets, sur des terrains précis. Comment vous entendez manager tout cela ? En tant que manager ?
Moi, je suis habitué à la gestion des hommes, et donc à la gestion de différents points de vue. Et, je crois que ce qui est important au Comité exécutif, c’est le football béninois qu’il s’agit de développer, c’est de ça qu’il s’agit, et donc nous devons au moins nous entendre sur les actions clés à mettre en œuvre. Maintenant, la manière d’y arriver peut différer d’un individu à l’autre, mais je pense qu’en discutant, en se parlant, en étant conscients que c’est le football béninois qui nous réunit, je n’ai aucune crainte, je n’ai aucune crainte particulière à la gestion de cette équipe-là, même s’il y a de fortes têtes dedans, vous l’avez vu, mais il n’y a pas de souci, il n’y a pas de souci ou des gens qui ont déjà connu, en tout cas qui ont pris par-là, ou des gens qui connaissent bien la maison.
On dit souvent que la fédération, c’est une entité où ça bouge beaucoup. Est-ce que c’est vrai ?
Ben, la fédération, oui, c’est le football qui est ainsi fait. Vous pouvez être de bons amis une fois que vous êtes sur le terrain, vous êtes des adversaires, mais au bout de 90 minutes, vous vous retrouvez encore. Vous redevenez amis. Donc, moi, je crois que c’est le monde du football qui est ainsi fait. On connaît les acteurs, on sait où sont les défis, et je pense qu’il n’y a pas de difficulté particulière à diriger un Comité exécutif. Il s’agit d’avoir les compétences nécessaires dans l’administration fédérale, et donc de s’entendre sur les objectifs clairement définis. Et à mon avis, ça devrait se faire sans difficulté.
On va évoquer justement le sujet fondamental, votre projet. D’abord, quel diagnostic faites-vous aujourd’hui sur l’état du football béninois, aussi bien au niveau de l’élite qu’à la base ?
Alors, pour bâtir le projet de société, nous avons ensemble fait d’abord un état des lieux. C’est-à-dire, les Anglais diraient le SWAT, nous avons essayé de mettre d’un côté les forces, aujourd’hui, de notre football, et de l’autre, les faiblesses, c’est-à-dire les défis à relever. Et en tant que force, aujourd’hui, vous voyez que, ne serait-ce que sur le plan des infrastructures, le football béninois s’est bien structuré ces dernières années, avec des stades, des terrains qui ont été construits par l’État et qui ont été confiés à des clubs pour la gestion. Ça, ce n’est pas évident, ce n’est pas quelque chose qu’on retrouve dans tous les pays. C’est une force pour notre football.
Nous avons un vivier de talents un peu partout au Bénin. Il n’y a pas un coin au Bénin où vous ne voyez des petits en train de taper dans le ballon. Ça, c’est aussi important, ça veut dire que la matière première est là. Nous avons, évidemment, j’en ai parlé tantôt, les centres de formation qui commencent par à se mettre en place.
Nous avons un accompagnement aujourd’hui de l’État qui est plus important que jamais, que nous n’avons eu. Donc, ce sont autant d’éléments positifs. Ce sont des forces actuelles sur lesquelles nous pouvons nous appuyer pour aller plus haut.
De l’autre côté, on a quand même, qu’on le veuille ou pas, quelques faiblesses. La question de la gestion des centres de formation, quel est le statut du jeune qui rentre dans un centre de formation ? Quand il finit sa formation, comment il est orienté ? Ça, c’est des défis qui sont encore à relever. Nous avons, sur le plan du management de l’administration fédérale, des progrès à faire, parce que les procédures ne sont pas toujours bien connues, bien appliquées et tout. Nous avons des équipes nationales qui font beaucoup, mais qui peuvent mieux faire. Donc, nous avons également des défis. Alors, ayant mis tout ça côte à côte, nous avons essayé donc de bâtir un programme d’action qui est structuré en quatre piliers.
Le premier pilier, c’est la formation et la détection des talents. Nous avons compris que, un peu comme ça se passe dans certains pays autour de nous—la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Burkina et autres, pour ne pas les citer—ce qui donne les résultats, c’est les écoles de formation. Donc, le premier pilier de notre programme d’action, c’est comment faire pour avoir le maximum de centres de formation à l’échelle nationale. La Fédération a déjà pris le devant en construisant 3 centres de formation qui sont en début d’opérationnalisation. Nous avons prévu, dans notre programme, qu’on puisse en construire 3 autres, progressivement. C’est-à-dire que, dans chaque couple de départements, nous avons pour objectif d’installer un centre de formation fédéral. Histoire de permettre à chaque jeune, à chaque talent où qu’il se trouve, de se faire vite détecter et d’intégrer un cadre formel qui développe son talent.
Donc vous prenez l’engagement de construire 3 nouveaux centres de formation durant votre mandat ?

C’est un objectif clairement écrit, noir sur blanc, dans le programme, et nous ferons tout pour qu’il en soit ainsi. Sachant que les 3 qu’on a eus, on en a mis 8 ans pour les avoir, hein. Oui, mais on n’a pas commencé les 3, 8 ans avant. On a commencé presque au milieu du mandat. C’est peut-être ambitieux, j’en conviendrai avec vous, mais c’est ce qu’il faut faire si on veut vraiment avoir des résultats. Et c’est vraiment un objectif. Alors, au niveau de ce pilier de formation, nous avons aussi à véritablement rendre opérationnels les centres de formation déjà existants. Parce qu’une question est d’avoir des infrastructures, mais l’autre est vraiment de les gérer comme ça se doit, et d’avoir des produits, de bons produits qui en sortent. Nous allons mettre sur place un plan d’opérationnalisation de ces centres-là, de sorte que vous verrez, d’ici quelques années, on parlera de tel jeune qui est passé par le centre de Missérété ou le centre de Ndali ou de Lokossa, voilà. Et la formation, ça c’est au niveau des joueurs, mais ça ne se limite pas.
Il n’y a pas que les joueurs comme acteurs du football. Il y a les arbitres, qu’il faut continuer de former. Il y a les entraîneurs. Il faut dire quand même que, de ce point de vue, le Bénin a fait un grand pas. Ces dernières années, on a formé près de 600 entraîneurs à divers niveaux : licence D, C, B, et bientôt A. C’est quelque chose qu’il faut continuer et perpétuer.
Et donc, ça fait partie intégrante de ce pilier que nous avons intitulé « formation et développement des acteurs et des talents ». Ça nous paraît suffisamment important pour que je puisse insister dessus comme premier pilier. Le deuxième pilier de notre programme, Ce sont les compétitions et la performance. Qu’est-ce qu’on veut y mettre ? Professionnaliser les championnats. Vous savez, on a déjà mis en place la Ligue de football professionnel du Bénin, qui va désormais avoir l’autonomie nécessaire pour organiser un vrai championnat professionnel.
On a commencé, mais on peut toujours mieux faire. On pense, en mettant la Ligue professionnelle en place, que ça va nous aider à faire mieux que ce que nous avons fait jusque-là, avec cette autonomie, le volet marketing, le volet recherche de financement, l’accompagnement des clubs. Je pense que ça va mieux se faire. C’est pour ça que je dis que ça va aller mieux. Donc, nous allons professionnaliser les différentes compétitions, et à tous les étages, c’est-à-dire y compris les catégories d’âge. Parce que tout à l’heure, j’ai parlé des centres de formation, mais si on a les centres de formation et qu’on n’a pas des compétitions pour ces jeunes-là, on n’aura pas le résultat escompté. Donc, ça va se faire à tous les niveaux, à tous les paliers. Nous allons y arriver progressivement.
C’est vrai qu’aujourd’hui, on se concentre beaucoup plus sur les championnats Ligue 1, Ligue 2, mais notre ambition, c’est d’avoir des championnats au niveau de chaque catégorie d’âge. C’est-à-dire les championnats pour les U17, les championnats pour les U15 et pourquoi pas à des étages inférieurs ? C’est comme ça qu’on va pouvoir mettre en mouvement l’ensemble des acteurs du football au plan des compétitions, avec un accent particulier sur le football féminin. Parce que si vous regardez, c’est là où nous pouvons très rapidement progresser. En l’intervalle de 4 ans à peu près, on est déjà à la Coupe du Monde des U20. Il s’agira de continuer le travail pour que nos clubs féminins puissent encore franchir un palier supplémentaire pour donner des résultats et satisfaire le peuple béninois. Nous allons prêter une attention particulière à la question de la gestion des équipes nationales. Ce qui est à souligner à ce niveau, c’est que nous allons mieux structurer les choses. Chaque staff de chaque catégorie, au niveau des équipes nationales, doit se doter d’un plan de travail annuel. Alors, ça veut dire.
-Et ça n’existait pas ?
Vous avez pu voir, vous avez pu constater que c’est parfois la veille des compétitions qu’on rassemble les jeunes, qu’on court à gauche à droite pour faire les mises au vert et autres. C’est quelque chose qu’il faut améliorer. Donc, quand vous prenez un staff, il doit avoir : qu’est-ce qu’il fait du 1er janvier au 31 décembre ? Avec les moyens. Les moyens qui permettent de faire les mises au vert, de faire les matchs amicaux, de préparer les jeunes et d’aller aux compétitions. Il n’y aura plus de navigation à vue. Les choses vont être beaucoup plus structurées. Chacun aura son cahier de charges, et il sera évalué sur ce cahier de charges-là. Je crois qu’en faisant ainsi, on mettra chacun devant ses responsabilités, et les sanctions, positives ou négatives, seront appliquées. Je pense que c’est un aspect très important. Et notre ambition aussi : vous avez pu voir qu’au niveau de nos clubs champions ou qui se qualifient à la Coupe CAF, on n’a pas pu véritablement franchir un palier ces dernières années. Nous avons pour ambition de soutenir les équipes une fois qu’elles sont qualifiées pour représenter le Bénin au plan international, de les accompagner avec les moyens qu’il faut.
Est-ce que le problème se trouve au niveau des défauts de moyens ?
Déjà, quand vous avez une équipe qui, enfin, difficilement finance ses propres activités, et qui devient champion, qui doit aller jouer contre une équipe marocaine ou algérienne, c’est compliqué, je vous l’assure. C’est compliqué. Donc, il y a lieu, en lien avec l’État, que nous puissions nous entendre pour que, une fois une équipe championne ou vice-championne pour représenter le Bénin au plan international, que ça devienne l’affaire du Bénin. Et non plus, l’affaire du président du club, qui peut avoir quelques difficultés à efficacement représenter le Bénin. Donc, de ce point de vue. La solution n’a pas encore été trouvée pour l’instant. Cela peut prendre l’allure d’une subvention. C’est l’accompagnement. Ça peut prendre l’allure de la prise en charge directe de certaines charges, telles que les voyages, l’hôtel, la restauration et autres, pour mettre l’équipe dans les bonnes conditions, les conditions idoines pour représenter valablement le Bénin.
Il y a un troisième pilier qui concerne la question du financement. C’est le mal de nos clubs. La plupart de nos équipes finissent difficilement les championnats, avec les problèmes que vous connaissez : les dettes envers les joueurs, les staffs, et tout. C’est quelque chose sur lequel il faut qu’on continue de travailler. L’État fait déjà beaucoup, ça il faut l’avouer, parce que nous sommes passés quand même, en l’intervalle de, disons, 10 ans globalement, d’une subvention de l’ordre de 5 à 10 millions. Aujourd’hui, les clubs de division 1 touchent quand même jusqu’à 60 millions. Je pense que l’État a beaucoup fait. Mais nous allons continuer de discuter avec l’État, avec le ministère des Sports, pour bonifier la chose et franchir un autre palier, parce que les moyens sont nécessaires pour développer le football. Je suis président de club, je sais de quoi je parle à ce niveau-là. Donc nous allons continuer de travailler avec l’État pour avoir plus de moyens. Nous allons travailler au niveau de la CAF et de la FIFA pour, disons, capter le maximum de ressources possibles au bénéfice des clubs du Bénin.
Et j’irai rapidement sur le quatrième pilier, qui n’est pas un pilier négligeable, le quatrième et le dernier pilier, c’est l’administration fédérale. Aujourd’hui, nous pensons qu’il y a mieux à faire. Nous sommes au XXIe siècle, les outils de travail aujourd’hui ne sont plus les mêmes qu’il y a 10 ans ou 15 ans derrière. Nous allons doter l’administration fédérale des hommes qu’il faut, avec les profils, les qualifications nécessaires. On va mettre ça en place pour que l’administration fédérale tourne vraiment au top de son rendement. Après les hommes, il y a les équipements, les conditions de travail. On va appuyer pour que l’administration soit au pas, au top, pour pouvoir penser à la modernisation.
L’engagement que vous prenez, c’est qu’avec votre mandat, il y aura du recrutement ?
Ce n’est pas forcément du recrutement, mais il peut y avoir… on va faire peut-être un audit organisationnel pour voir si aujourd’hui c’est la meilleure forme d’organisation que nous avons. Avec les mêmes hommes, et peut-être une autre organisation, on peut atteindre d’autres résultats
Alors où est-ce qu’on en est par rapport à la création des sociétés sportives ? Je ne sais pas si c’est le terme exact, où pour soutenir les clubs, il faut avoir un caractère de société ainsi de suite. Je crois que le projet a été évoqué il n’y a pas longtemps. Où est-ce qu’on en est réellement et qu’est-ce que vous pensez faire dans ce sens-là ? Parce que, visiblement, Cela devrait soulager les problèmes des clubs que nous avons dans le pays.
Oui, c’est un aspect important que vous abordez. Aujourd’hui, tous les clubs professionnels sont censés avoir une société sportive. Attention, quand on parle de société sportive, ça ne veut pas dire forcément que c’est une société de l’Etat comme Loto pour donner un exemple, qui gère le club. Mais ça peut être une société sportive créée par le club lui-même en associant d’autres sociétés pour disons confier la gestion professionnelle, la gestion des affaires professionnelles de l’association à une société sportive et ce sont ces sociétés sportives aujourd’hui qui se retrouvent à la ligue de football professionnel du Bénin. C’est dire qu’on veut séparer un peu le volet professionnel du volet administratif.
Président Marcellin Boccovè Merci
Transcription Le Champion
