À la Fédération Béninoise de Football(FBF), les récentes péripéties électorales laissent un goût amer. Après le rejet des deux listes candidates « Ensemble, Cap sur l’Excellence » et « Ensemble, visons plus haut » (mouvance fédérale), pour irrégularités, les acteurs en viennent aujourd’hui à envisager une liste unique, fruit d’un mélange des deux camps. Sur le papier, l’idée rassure : éviter les conflits, préserver la paix sociale. Dans les faits, elle pose une question simple et dérangeante : doit-on effacer la compétition là où elle est la raison d’être même du sport ?
L’élection sportive, par définition, est une compétition. Elle permet de confronter des projets, des visions, des personnalités. Refuser ce face‑à‑face démocratique pour imposer l’entente revient à masquer des divergences plutôt qu’à les résoudre. Pire, cela nourrit frustrations et rancœurs qui se révéleront inévitablement au sein des organes dirigeant le football national. Plutôt que d’apaiser, on finit par créer une coexistence forcée entre acteurs aux visions parfois incompatibles.
Les défenseurs d’un accord « à l’amiable » brandissent l’argument de la stabilité : mieux vaut un mauvais arrangement qu’un bon procès. C’est un adage qui tient dans certains contextes juridiques ou politiques. Mais le sport obéit à une logique différente. La compétition, avec ses règles, ses vainqueurs et ses perdants, instaure des frontières claires.
Après une joute loyale, le perdant accepte souvent la défaite et reste dans son rôle, tandis que le gagnant assume la responsabilité du leadership. C’est ce mécanisme, basé sur la légitimité du vote et la confrontation des projets, qui permet une gouvernance plus sereine.
Au Bénin, et pas seulement dans le football, on observe une tendance croissante à privilégier l’arrangement entre protagonistes. On cherche l’accord pour éviter le tumulte. Mais on oublie que ce chemin crée des frustrations muettes, des bombes à retardement: élus imposés, visions compromises, rivalités étouffées qui reprennent de plus belle au premier différend sur la stratégie ou les postes.
Dans le contexte fédéral, où les enjeux humains, financiers et symboliques sont importants, ces tensions peuvent fragiliser l’action sportive et pénaliser les acteurs de terrain.
La solution n’est pas d’ériger la confrontation en norme, mais de réhabiliter des processus électoraux transparents et compétitifs, assortis de garanties institutionnelles; en renforçant la médiation indépendante pour régler les différends préalables plutôt que d’imposer une fusion artificielle et en encourageant une culture du respect de la défaite et du pluralisme d’idées au sein des structures sportives.
Le sport, et singulièrement le football, vit de rivalité loyale. Son excellence naît de la confrontation d’idées et de projets autour d’un même objectif : développer la discipline. En évitant de permettre cette confrontation, on risque de confondre paix apparente et immobilisme réel. Et c’est le football béninois qui y perdra le plus.
La Fédération doit donc choisir : accepter une liste unique par peur du conflit, au risque d’une gouvernance fracturée, ou renouer avec une compétition saine qui légitimera le prochain leadership et offrira à la communauté sportive des dirigeants choisis par leurs pairs, non par compromis imposé. Le choix déterminera l’avenir du football national et la capacité du Bénin à placer l’intérêt du sport au‑dessus des calculs de groupes
C’est une évidence: la Fédération béninoise de football (FBF)est face au piège de l’unité imposée, car l’esprit de compétition s’efface.
Le Champion
