Les élections à la Fédération béninoise de football (FBF) s’annoncent comme un moment de vérité pour le football national. Mais derrière les déclarations de principe et les promesses de renouveau, certaines candidatures soulèvent plus de questions qu’elles n’apportent de réponses. Au cœur des débats : la liste « Ensemble, cap sur l’excellence », conduite par Sylvain Lawson, un homme qui revient sur le devant de la scène près de dix ans après avoir quitté le football pour le monde des affaires.
Un retour opportuniste, mais à quel prix ?
Le retour de Sylvain Lawson dans un football qu’il a quitté depuis longtemps apparaît à beaucoup comme un opportunisme mal maîtrisé. Dans un environnement en pleine mutation, où les enjeux de gouvernance, de transparence et de professionnalisation sont plus que jamais centraux, la résurrection d’une figure du passé, absente depuis des années, interpelle.
Sylvain Lawson, ancien président des Mambas Noirs (devenu Tout Puissant Yèhouénon), a vendu son club en 2017 pour se consacrer à ses affaires. Quel intérêt soudain peut bien justifier son retour fracassant à la tête d’une structure qu’il a désertée ? Pour plusieurs observateurs, la réponse est simple : le contrôle des ressources. À une époque où la FBF brasse des budgets de plus en plus importants, certains anciens responsables semblent voir dans le football un levier de pouvoir et d’influence, plutôt qu’un projet sportif et institutionnel.
Une liste portée par l’esprit de revanche ?
Derrière cette candidature se profile une alliance qui ressemble plus à une union contre nature qu’à un véritable projet de société pour le football. Les rapprochements entre certains membres de la liste et des figures comme Augustin Ahouanvoébla, Anjorin Moucharafou, (tous deux anciens présidents de la FBF), ne passent pas inaperçus.
Leur alliance, nourrie par un esprit de revanche trouve sa justification dans des propos tenus au cours d’une discussion entre un membre actuel du comex et l’un des membres influents de cette coalition le samedi 27 juin dernier dans les locaux de la FBF à Djassin. Lors de cette discussion, ce dernier n’aurait pas caché son état d’esprit : « J’ai dirigé cette fédération (…), et je reviens encore. Et ce que tu as fait, je te le ferai, et tu verras comment ça fait mal. » Des propos qui en disent long sur les motivations qui animent certains acteurs de cette liste : moins un projet pour le football qu’une volonté de revanche personnelle.
Une appartenance contestable, des documents mis en cause.
Plus grave encore, la candidature de Sylvain Lawson repose sur des éléments qui semblent fragiles. Dans son dossier, il a produit une « preuve d’appartenance au bureau directeur d’un club» délivrée par Soleil FC, club historiquement lié à Anjorin Moucharafou. Or, selon les registres officiels de la FBF, Sylvain Lawson ne figure pas parmi les membres du bureau de ce club.
La question: À quel moment, (et ce depuis trois ans au moins) est-il devenu membre du bureau du Soleil FC ? Quel document étatique peut attester de la véracité de cette déclaration, visiblement montée pour la circonstance ? Pour plusieurs observateurs, il s’agit d’une fausse déclaration qui devrait être attaquée et soumise aux commissions compétentes de la FBF et des institutions de la République.
Ce type de situation rappelle des époques pas si lointaines, où des candidats n’hésitaient pas à produire des documents falsifiés, y compris des casiers judiciaires truqués, pour se qualifier. Le retour de ces pratiques dans un football qui aspire à la modernité est à la fois honteux et lamentable.
Un Bénin qui mérite mieux !
Le Bénin n’est plus à l’étape des intrigues de couloir et des volontés de destruction portées par des gens dont le seul objectif semble être de faire disparaître les ressources et la mémoire de la maison du football. Le pays a accompli des progrès institutionnels importants, et il serait regrettable que le football reste un sanctuaire pour des méthodes dépassées.
Si le seul argument pour briguer un poste à la FBF est de brandir des liens de parenté ou de proximité supposés avec une autorité de la République, alors c’est que le Bénin n’est pas encore sorti de l’auberge. Réduire le pays à ce raccourci, souvent mensonger, pour faire peur et obtenir coûte que coûte ce que l’on désire, relève d’une immoralité doublée d’une paresse inqualifiable.
Le football béninois mérite mieux que ces vieux démons nostalgiques d’un passé honteux. Il mérite des projets clairs, des hommes intègres et une vision qui place l’intérêt général au-dessus des ambitions personnelles.
Le Champion
