Entre promesse d’autonomie et silence sur le financement des clubs)
Depuis son installation, la nouvelle Ligue de football professionnel du Bénin (LFPB) porte en elle l’espoir d’une refonte profonde de la gouvernance du football national. Autonome sur les plans administratif, sportif et financier, elle est censée être l’outil qui enfin va régler, de manière structurelle, la question épineuse du financement des clubs. Mais, les premiers signes visibles de cette révolution tardent à se concrétiser sur le terrain, là où les clubs continuent de vivre au jour le jour, dans un climat d’incertitude financière qui ne correspondent plus aux ambitions affichées.
Un mandat clair : sortir les clubs de la précarité
La mission confiée à la Ligue est on ne peut plus claire : mettre fin à la dépendance chronique des clubs, assurer un financement prévisible, régulier et à la hauteur des dépenses inévitables liées à la pratique du football professionnel. Salaires, primes, frais médicaux, hébergement, déplacements, restauration… autant de postes de dépenses qui ne peuvent pas attendre la fin d’une saison pour être honorés.
Pourtant, dans les faits, plusieurs clubs entament déjà une nouvelle saison sans savoir ce qu’ils percevront en fin de compétition, ni même s’ils toucheront une quelconque subvention. Certains n’ont toujours rien reçu, alors que les engagements sont déjà pris depuis des mois. Dans un environnement où la trésorerie des clubs est souvent tendue, ce flou devient vite un facteur de fragilité, voire de survie.
Entre euphorie électorale et inaction sur le terrain
Après l’euphorie de son élection, perçue par certains comme une formalité sans véritable challenge, la nouvelle Ligue semble s’être installée dans une forme de confort institutionnel. Les séances photos, les déclarations d’intention et les symbolismes ont marqué les premières semaines. Mais les actes concrets, eux, tardent à suivre.
Aucune initiative majeure n’a encore été dévoilée pour sauver les meubles auprès du ministère, alors même que plusieurs clubs ont déjà entamé la saison. Entre communication bien rodée et absence de mesures de fond, certains observateurs pointent du doigt une structure qui ressemble davantage à une commission de plus qu’à un véritable levier de transformation.
Un partage des ressources déséquilibré
La question du financement ne se résume pas seulement aux subventions de l’État. Elle pose aussi le problème de la répartition des revenus issus du sponsoring. Les maillots des clubs arborant les logos des partenaires (officiels), notamment Celtiis, 1Xbet, génèrent une visibilité importante. Mais la part qui revient réellement aux clubs reste floue, et beaucoup estiment que les retombées financières ne sont pas proportionnelles à l’exposition offerte.
Alors que la FBF bénéficierait de larges avantages liés à ces partenariats, les clubs, premiers contributeurs sur le terrain, peinent à en voir les bénéfices directs. Ce déséquilibre nourrit un sentiment d’injustice et alimente les critiques sur la capacité de la Ligue à défendre réellement les intérêts de ses affiliés.
Un déséquilibre structurel qui fausse la compétition
Au-delà du flou entourant le financement global des clubs, un autre problème de fond mine la crédibilité du championnat : le déséquilibre financier entre clubs étatiques et clubs privés. Les subventions de l’État, bien que globalement en hausse ces dernières années sous l’ère Patrice Talon, sont distribuées de manière très inégale selon le statut administratif des clubs et leurs conventions avec les sociétés publiques. Certains clubs, adossés à des entreprises d’État, bénéficient de dotations importantes et régulières, tandis que d’autres, pourtant engagés dans la même compétition, ne perçoivent aucune subvention directe ou doivent se contenter de montants nettement inférieurs.
Cette situation crée une distorsion de concurrence qui touche au cœur même du fair-play sportif : comment parler d’égalité des chances lorsque certains clubs disposent de moyens garantis et que d’autres doivent survivre avec des ressources aléatoires ?
Or, l’un des axes majeurs du plan de professionnalisation, notamment l’axe 2 consacré au financement et à la viabilité économique, prévoyait explicitement la création d’un fond de soutien aux clubs, destiné à corriger ces déséquilibres et à assurer une base financière minimale à tous les acteurs.
ce stade, aucune information claire n’a été communiquée sur l’avancement de cet axe stratégique. La Ligue est attendue sur ce dossier : si elle ne parvient pas à rétablir un minimum d’équité dans la répartition des ressources, elle risque de perpétuer un système où la performance sportive dépend moins du travail que du statut administratif des clubs.
Ce que les clubs attendent : des actes, pas des discours
Ce que les clubs attendent aujourd’hui, ce ne sont pas des déclarations de principe, mais des décisions capables de changer la donne :un gros sponsor sécurisé pour la Ligue, avec un partage clair et équitable des revenus ; des conditions revues à la hausse pour les clubs, en cohérence avec les exigences du football professionnel ; une transparence totale sur les montants alloués, les critères de répartition et les délais de versement ; une intervention rapide auprès des pouvoirs publics et des partenaires pour éviter que des clubs ne s’enfoncent davantage dans la dette.
Un test de crédibilité pour la nouvelle Ligue
La crédibilité de la Ligue de football professionnel du Bénin se jouera sur sa capacité à transformer ses ambitions en résultats tangibles. Les clubs ne peuvent plus se contenter de promesses. Ils ont besoin de visibilité, de sécurité financière et de dignité dans leur fonctionnement.
Le véritable acte fondateur de cette Ligue ne sera pas son installation officielle, mais sa capacité à décrocher un partenariat structurant ou à obtenir des conditions nettement meilleures pour ses affiliés. C’est ce type de décision forte qui annoncera la couleur et marquera la fin d’un long calvaire.
Dans un football béninois en quête de professionnalisation, il n’y a plus de place pour l’improvisation. Les clubs ont besoin de certitudes. Et la Ligue, si elle veut être digne de son nom, doit maintenant passer de la parole aux actes.
La Rédaction
